Les effets de cette « matière noire » présente dans votre alimentation

Il existe des molécules non identifiées présentes dans votre alimentation aux multiples vertus thérapeutiques. Appelées « matière noire », ce serait plus de 26 000 substances susceptibles d’avoir des effets sur votre santé !

Ces données, à étudier, pourraient ouvrir la voie à une alimentation personnalisée afin de mieux prévenir l’apparition de certaines pathologies. Actuellement, la majorité des connaissances nutritionnelles des scientifiques sont basées uniquement sur 150 composants nutritionnels clés, répertoriés par le Département américain de l’Agriculture (USDA) et d’autres bases d’informations nationales (FoodDB). Ainsi, elles ne représentent qu’une infime partie des facteurs nutritionnels jouant un rôle dans l’émergence de maladies. À ce jour, nous ne connaissons que le haut de l’iceberg et les chercheurs comptent bien analyser tout ce qui n’est pas visible en surface. 

Et d’après une étude parue dans la revue scientifique Nature, de nouvelles avancées technologiques, comme l’apprentissage automatique (ou machine learning), pourraient à terme permettre une meilleure compréhension du spectre biochimique des aliments [1].

Comprendre les enjeux de cette « matière noire »

Cette découverte n’est pas anodine. Elle ouvre tout simplement un vaste champ d’exploration à analyser quel que soit l’aliment. Autrement dit, elle montre à quel point le potentiel des actifs présents dans l’alimentation est encore très mal connu.

Pour vous donner un exemple concret, l’ail contient plus de 2 306 composants nutritionnels dont seuls 67 ont été quantifiés par l’USDA. Parmi eux se trouve [2]:

  • De l’allicine, un composé organosulfuré,
  • De la lutéoline, réputées pour ses propriétés anti-inflammatoires, pro-apoptotiques et anticancéreuses,
  • Ou encore de la flavone, connue pour avoir des effets cardio-protecteurs.

Sa matière noire représente plus de 2 239 composés non répertoriés dont les bienfaits sont encore à déterminer !

Plus globalement, ces substances méconnues représentent une diversité chimique exceptionnelle qui actuellement n’est pas exploitée dans les études épidémiologiques.

En août 2019, FoodDB a quantifié 26 625 éléments biochimiques actifs distincts pas encore étudiés et affirme que ce chiffre devrait augmenter.

Un projet pilote révolutionnaire

Cette « matière noire » est une véritable révolution dans le milieu scientifique. Elle ouvre clairement de nouvelles perspectives de traitement.

Et pour y parvenir, des chercheurs de l’université de Boston ont décidé d’analyser les données issues d’anciennes littératures scientifiques. D’après leurs premières recherches, ces dernières contiennent des informations précieuses sur la composition des aliments. Ils ont donc mis en place un projet pilote, FoodMine, pour analyser et recouper toutes les données répertoriées dans les études axées sur des aliments spécifiques.

Les scientifiques espèrent pouvoir lister plus de composés que ceux déjà identifiés par l’USDA et FooDB ensemble.

Un nouveau type de profilage en perspective

Il est évident que les composants nutritionnels actuels permettent déjà d’établir des ajustements pour préserver votre santé. Il existe de nombreuses études qui ont permis d’adapter plusieurs de nos consommations (sucres, sel, protéines, graisses…). Cependant, étant donné que d’autres produits chimiques non répertoriés entrent en jeu, il est essentiel de comprendre les mécanismes induits par « cette matière noire ».  

Les scientifiques souhaitent ainsi établir une nouvelle cartographie alimentaire, « un foodome », et proposer une médecine personnalisée. Chacun de nous aurait alors une sorte de menu avec les meilleurs aliments à consommer pour ne plus tomber malade. Un principe novateur qui ne sera possible que lorsque nous serons capables d’établir un profilage biochimique complet de notre alimentation.

Pour se faire, il faut donc compter sur de nouvelles technologies telles que :

  • L’utilisation du Big Data et de l’intelligence artificielle pour regrouper et analyser les bases de données colossales,
  • Ou encore sur l’analyse des substances par résonance magnétique nucléaire (qui va sonder la structure moléculaire en faisant interagir l’aimantation naturelle des noyaux avec un champ magnétique) ou via une spectrométrie de masse pour mieux détecter le rôle de chaque composant.

Les prémices de la nutrigénétique

Cette nouvelle façon d’étudier les aliments marque clairement les débuts d’une nouvelle ère. Celle de la nutrigénétique.

Pour simplifier, il s’agit d’organiser la récolte des informations sur vos habitudes alimentaires afin de les rendre informatiquement exploitables. Ainsi, toutes vos données seraient analysées via la plate-forme de Big Data pour établir « votre profil nutritionnel optimal ». Ce « foodome » prendrait alors en compte aussi bien vos antécédents que vos facteurs de risques afin de vous conseiller l’alimentation la mieux adaptée à votre santé.  

Les déterminants de votre « foodome » dépendront alors de vos choix alimentaires, de votre lieu d’habitation ou encore de votre statut socio-économique. Cela signifie qu’ils évolueraient en permanence et s’adapteraient presque en temps réel à vos besoins. Un peu comme une montre connectée capable de vous envoyer des notifications lorsque vous n’êtes pas assez actif. Sauf qu’ici, elle fournirait des conseils nutritionnels. 

Ce principe de recoupement de données existe déjà en biologie moderne avec la génomique (qui étudie le fonctionnement d’un organisme à l’échelle du génome). La transposer à l’alimentation pourrait aider les scientifiques à rechercher systématiquement de nouvelles associations qui sont, à l’heure actuelle, largement invisibles pour la recherche.

La nutrigénomique serait-elle la médecine du futur ?

Si actuellement, il n’est pas possible de changer la base génétique d’une maladie, de nombreux essais cliniques ont démontré que le corps humain est capable de moduler l’expression des gènes grâce à l’alimentation. Autrement dit : ce que vous mangez à un impact direct sur certaines mutations et renforce le rôle d’autres.

Ces modulations permettent alors de limiter des prédispositions génétiques aux maladies grâce à des choix de vie appropriés, dans lesquels les changements alimentaires jouent un rôle dominant. C’est ainsi que certains patients arrivent à diminuer de 70% le risque de développer des problèmes cardiaques malgré de forts antécédents familiaux [1].

En théorie, la nutrigénomique représente donc une excellente alternative pour pallier l’appauvrissement alimentaire lié à la surexploitation de nos terres et à la production agricole de masse. Elle pourrait directement agir sur la santé de votre microbiote et vous livrer les clés des bons choix alimentaires à faire. À terme, elle pourrait être l’une des meilleures médecines non intrusives pour prévenir des maladies et vivre plus longtemps en bonne santé [3]

Cependant, elle repose en grande partie sur l’informatisation de données médicales. Et si l’enjeu de mieux connaître la « matière noire » de nos aliments est colossal, il ne faut pas négliger les risques de l’exploitation de données aussi sensibles. Ces dernières nécessitent une grande vigilance quant à leur protection et leur utilisation. À ce jour, la RGPD, (Règlement général sur la protection des données), interdit strictement la récolte non anonymisée et l’exploitation de données personnelles aussi sensibles à des fins commerciales. Leur récolte reste tout de même dangereuse : de nombreux hôpitaux ont déjà subi des cyberattaques [4] . Et certaines entreprises malveillantes pourraient très bien s’en servir pour refuser d’assurer une personne ou accorder un prêt. 

Bien à vous,

Eric Müller





Consulter les sources :

Sources : [1] Barabási, A., Menichetti, G. & Loscalzo, J. The unmapped chemical complexity of our diet. Nat Food 1, 33–37 (2020). https://doi.org/10.1038/s43016-019-0005-1 [2] Chaire en prévention et traitement du cancer [3] À la découverte de la matière noire de l’alimentation, lanutrition.fr [4] La multiplication des cyberattaques inquiète les hôpitaux Crédits : © Alexander Raths-shutterstock.com


4 6 votes
Évaluation de l'article

Qu'avez-vous pensé de cet article ?

3 Commentaires
le plus récent
le plus ancien
Inline Feedbacks
View all comments
Sarah LENTY
3 mois il y a

Quand j’entends le terme big data, je le convertis en big brother.
Que cela s’applique à des personnes qui présentent un dysfonctionnement génétique ou chronique, cela peut s’entendre, mais j’ai du mal pour une personne en bonne santé. Cela reviendrait à se laisser guider par un robot 🤔

Marie Paulette Leperlier
3 mois il y a

Moi je dis super actuellement suivi pour un symdrome lambert eaton
Sens maladie auto imune anemie
Et je consomme tous les aliments qui viennent du vegetal et ça m aide à supporter mon traitement medicamenteux sans effets secondaires je suis dans une super forme malgré ce traitement chimique mon neurologue est stupefait hier je suis ressortie de l hôpital avec une tension de 12.7 alors que ma tension aurait dû augmenter sous l effet du traitement
Oui j adhère parfaitement je retrouve une santé petit à petit avec le sourire (etant en errance medicale depuis 2 ans)

Jacquenod Pierre
3 mois il y a

Belle « découverte » et judicieuse comparaison avec la matière noire des astrophysiciens ! La 1ère réflexion qui m’est venue à l’esprit n’est pas celle de la nutrigénomique, mais celle de l’intérêt,et peut-être de la supériorité, du totum de l’aliment par rapport à tous les extraits et découpages qu’on effectue pour fabriquer un complément ou un médicament.
Si dans certains cas, prendre du magnésium par ex., peut s’avérer nécessaire, il est possible que, notamment en prévention, on ait tout intérêt à être attentif à la richesse des aliments en magnésium, bénéficiant ainsi des interactions et des synergies, sans doute importantes, qui s’effectuent dans leur totalité vivante, entre ce magnésium et les différents composants de la matière noire de ces aliments. Non ?