Que risquez-vous à manger des insectes ?

Les scientifiques ont apparemment trouvé le lait du futur, celui qui pourrait devenir notre nouvelle source de protéines. Et cette fois, il ne s’agit pas d’un lait végétal, mais d’un lait issu… du cafard !

Oui, vous avez bien lu. Le lait de cafard, plus précisément du Diploptera punctata, contiendrait 3 fois plus d’énergie que le lait de vache, à quantité équivalente. Les chercheurs affirment même que cet aliment pourrait tout à fait se commercialiser comme boisson hyperprotéinée [1].

Cette découverte relance vivement la question sur la consommation des insectes en France. Car ce n’est pas la première fois qu’ils sont présentés comme les protéines de l’avenir.

Mais contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, manger des insectes n’est pas nouveau. L’entomophagie (le fait de consommer des insectes), est une pratique qui remonte à la préhistoire [1].

Et ce régime alimentaire vieux de 300 000 ans s’apprêterait à faire son grand retour [2]. Les insectes ont d’ailleurs commencé à envahir notre marché agroalimentaire. Pas en volant, mais sous forme de farines, de plats préparés, de snacks ou encore de sucettes [3-4].

Manger des insectes : mieux vaut être un homme
de Cro-Magnon

Les insectes possèdent une richesse nutritionnelle qui était indispensable du temps… des hommes préhistoriques ! À l’époque, ils se nourrissaient de larves, de criquets ou encore de sauterelles lorsque la viande venait à manquer. C’était pour eux une question de survie [1-2].

Une problématique qui n’est pas d’actualité en France ou en Europe, où nous devons plutôt faire face à une surconsommation alimentaire.

Aujourd’hui, la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) présente les insectes comme le remède contre la faim dans le monde. Elle affirme qu’ils sont la meilleure alternative pour remplacer la viande et cela pour 2 raisons [5] :

  1. Les insectes comestibles présenteraient des protéines et des acides aminés de qualité (et quantité) semblables à celle de la viande.
  2. Ils seraient aussi une source de nutriments indispensables comme les vitamines, minéraux, fibres…
  3. Des arguments intéressants, mais ce qu’on oublie de vous dire c’est qu’il n’existe aucune étude scientifique sur leurs effets positifs sur notre santé. Et cela malgré les 2,5 milliards de personnes qui en consomment dans le monde [6] !

Dans son rapport publié en 2014, l’Anses*, a d’ailleurs alerté sur le manque d’informations concernant les risques sanitaires liés à leur élevage, leur transformation et leur consommation [7].

3 fois plus de protéines que dans votre steak de bœuf

Vous lisez partout que les insectes possèdent des apports nutritionnels spectaculaires.

Pour vous donner une idée : 10 criquets cuits (soit à peine 20 grammes) équivalent à la valeur énergétique d’un steak de 110 grammes [8]. Une quantité de calories phénoménale !

Il en est de même quant à leurs apports en protéines : leur taux est largement plus élevé chez la majorité des espèces.

Prenons l’exemple des grillons comestibles. Ils fournissent 3 fois plus de protéines que le bœuf à poids égal. Rendez-vous compte : 100 grammes de grillons représentent 114 % des apports journaliers d’une personne de 70 kg [6-7].

Alors oui,  les insectes ont un avantage indiscutable sur la viande, en ce qui concerne l’apport en protéine et en énergie.

Sauf qu’en pratique, il y a un hic …. car ce ne sont pas tout à fait les mêmes insectes qu’on vous sert dans votre assiette.

Des insectes transformés dangereux pour votre santé

Les insectes ne font pas partie de nos habitudes alimentaires. Ils déclenchent plus de dégoût que d’engouement.

Selon une enquête réalisée auprès de 1 887 consommateurs dans le monde, seuls 5 à 11 % des sondés étaient prêts à en manger régulièrement [9].

Accepter d’en consommer semble ainsi difficile. Mais pour nous appâter et nous faire envie, les produits commercialisés cherchent à ressembler à tout SAUF à des insectes. Ils sont donc proposés sous forme d’aliments transformés remplis de graisses, d’additifs, de sel ou de sucre.

Ce qui enlève tout le côté « naturel » des insectes. Pire encore, ce type de produits est nocif et peut augmenter de 12 % vos risques de développer un cancer [10].

Un choix purement marketing qui va à l’encontre des arguments santé avancés par la FAO.

Quant à la qualité même des insectes d’élevage, nous n’avons aucune donnée qui prouve qu’ils sont aussi nourrissants que ceux ramassés dans la nature.

L’élevage d’insectes, un enjeu économique plus qu’écologique ?

Cette volonté de réintroduire des aliments oubliés, comme les insectes, peut cependant s’expliquer d’un point de vue écologique.

Non seulement leur élevage coûte moins cher, tout en permettant un grand rendement. Les insectes nécessitent peu d’espace de stockage, rejettent 99% de gaz à effet de serre de moins que leur équivalent en bœuf. Économes, ils n’ont pas besoin de beaucoup d’eau ou de nourriture. De quoi faire saliver certains investisseurs…[6]

Car conquérir le marché occidental représente un immense enjeu financier.

Et si pour les rendre appétissants, il faut forcément les consommer sous forme de “malbouffe”, les insectes perdent tous leurs intérêts nutritionnels.

Alors, entre se forcer à manger des insectes sans garantie de leurs bienfaits sur la santé, et s’essayer à une modération de sa consommation en viande, le choix semble vite fait.

Bien à vous,

Eric Müller

* L’Anses : L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.





Consulter les sources :

 Sources : 

  1.   Highlight report: Diploptera functata (cockroach) milk as next superfood, EXCLI J. 2018; 17: 721–723. Published online 2018 Jul 25. doi: 10.17179/excli2018-1437
  2.   L’entomophagie en Occident : cas d’étude, sources et influences, Timothée Olivier, Dans Autour de la table. Manger, boire et communiquer (2020), pages 167 à 194
  3.   Alimentation : Que mangerons-nous en 2050 ? Kheira Bettayeb, Inserm.
  4.   L’industrie des insectes en plein fourmillement, Margux Lacroux, Libération, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.
  5.   Insectes comestibles – Perspectives pour la sécurité alimentaire et l’alimentation animale, Étude FAO Forêt 171.
  6.   Consommation d’insectes : état des lieux des dangers potentiels et des besoins de recherche, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.
  7.   Apports nutritionnels des insectes comestibles en France, europe-entomophagie.
  8.   Réglementation de la commercialisation des insectes comestibles, 14e législature, Sénat.
  9.   Consommation d’aliments ultra-transformés et risque de cancer, Mathilde Touvier, Inserm.

Bibliographie :

Les insectes : une nouvelle ressource en protéines pour l’alimentation humaine, Marie Lavalette, Université de Lorraine


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Nelly Grandjean
5 mois il y a

Cela ne m’étonne nullement, ayant vécu au Congo, ma petite fille née là-bas quand elle ne savait pas encore marcher, courraità quatre pattes pour attraper les cancrelats nombreux chez nous en brousse, et à mon grand étonnement, elle les mangeait et avait l’air d’apprécier…moi pas… elle n’a jamais été malade au contraire.

philippe weiss
5 mois il y a

Je vous recommande ce lien:
https://www.thailandunique.com/edible-insects-bugs
Il vous donnera un aperçu de produits qui, en fait, sont plutôt de base et que vous pouvez acheter en ligne. C’est un site thailandais en anglais.
J’habite en Nouvelle Zélande (tous le Français semble connaitre le nom de notre premier ministre Jacinda Ardern). Les Maoris traditionnellement mangent les HUHU grubs, sortes de larves, blanches, assez grosses et juteuses, d’environ 10-12mm de diamètre et 5-6 cm de long et que l’on trouve dans les troncs d’arbre en décomposition. C’est une délicatesse qui est servie tous les ans au « Wild Food Festival » de Hokitika sur la Côte Ouest et qui a beaucoup de succès.
Je vends des moulins à meule de pierre et on m’a demandé l’an dernier de moudre un échantillon de crickets sèchés. Les Kiwis, qui bénéficient d’une bonne réputation agricole entre autre, veulent toujours être à la pointe du progrès en matière d’élevage pour être prêts le jour où cette consommation décolle!