Vitamine D : Interview exclusive avec le Dr. Brigitte Houssin « Pour toutes les infections quelles qu’elles soient, d’autant plus le coronavirus actuel, la vitamine D joue un rôle préventif important. »

Vitamine D : Interview exclusive avec le Dr. Brigitte Houssin « Pour toutes les infections quelles qu’elles soient, d’autant plus le coronavirus actuel, la vitamine D joue un rôle préventif important. »

Dans ma précédente lettre je vous expliquais pourquoi la vitamine D est un allié précieux pour lutter contre la COVID-19. Si vous n’avez pas encore lu mon message, vous pouvez le découvrir en cliquant ici.

Je vous l’annonçais en début d’année : en 2022 j’ose aller plus loin pour vous aider à prendre soin de vous et de vos proches. Je commence dès aujourd’hui en vous proposant deux nouveaux formats d’informations.

J’ai fait appel à une spécialiste : Lizzie Hostequin. Auteure et éditrice en micronutrition, elle sera ma voix pour ma nouvelle émission « radio », le podcast de Néo-nutrition : « À l’écoute de votre santé ». Une émission qui donne la parole aux experts en nutrition et qui décrypte les dernières études pour prendre soin de notre santé grâce à l’alimentation.

Et pour ce premier numéro, nous avons rencontré le Dr. Brigitte Houssin. Elle est médecin et l’auteure du livre Vitamine D, mode d’emploi aux éditions Thierry Souccar.

Cela fait des années qu’elle prône l’importance d’une bonne supplémentation en vitamine D. Elle exerce à Paris en tant que spécialiste en médecine physique et réadaptation à orientation ostéopathie et micronutrition – alimentation santé. Elle a aussi suivi une formation d’ostéopathe et d’acupuncteur.

L’essentiel de son savoir sur la vitamine D vient des nombreuses littératures scientifiques internationales et vérifiées qu’elle a étudiées, mais aussi de sa pratique quotidienne avec ses patients.

Pour écouter notre première émission cliquez-ici.

Vous pouvez également lire notre entretien ci-dessous.

N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé et à nous envoyer vos suggestions. Avez-vous aimé le format ? Souhaitez-vous davantage d’interviewS ? De podcast ? Envoyez-moi vos questions et les thématiques que vous aimeriez voir aborder. 

Comment avez-vous découvert l’importance de la vitamine D ?

Lorsque j’ai fait ma formation en micronutrition et en alimentation santé à Dijon, il fallait rendre un mémoire. Un collègue m’a soufflé que la vitamine D serait un bon sujet. Et le professeur Rapin, Directeur de l’enseignement à l’époque, était de son avis. Mais étant donné ma spécialité, je voulais me cantonner à l’os et au muscle. Il m’a convaincue qu’il serait intéressant d’aborder aussi l’immunité via cet actif. C’est donc par hasard que j’ai découvert une véritable boîte à trésors. J’ignorais tout de cette vitamine. Je me suis donc mise à lire toutes les publications que je trouvais. L’une m’a emmenée à une autre et finalement, ce qui ne devait être qu’un mémoire, a fini par ressembler à une thèse ! J’étais passionnée par le nombre incroyable de ses fonctions ! De fil en aiguille, j’ai commencé à la faire connaître au cours d’un congrès. Le professeur Joyeux (chirurgien cancérologue à Montpellier maintenant retraité) était présent à l’une d’elles et a mentionné mon nom à sa maison d’édition.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris lorsque vous avez effectué vos recherches sur la vitamine D ?

Son rôle à tous les niveaux de l’organisme. J’étais stupéfaite de voir l’étendue de son action. Durant mes études de médecine, j’en avais à peine entendu parler. Elle n’est quasiment pas enseignée pour la vitamine de l’os. Alors qu’elle est en réalité essentielle. J’ai notamment découvert qu’elle joue un rôle sur la force musculaire, sur la dépression, sur la prévention du cancer, voire au-delà… L’immunité aussi, en prévention de certaines maladies neurologiques, mais qui ont une base immunitaire comme la sclérose en plaques… Même pour l’insuffisance cardiaque, elle est importante. Sa pluralité de fonction m’a vraiment impressionnée. Plus j’en apprenais, plus je me rendais compte qu’il ne s’agissait pas vraiment d’une vitamine.

Comment ça ?

Elle a un fonctionnement au-delà d’une vitamine. Pour moi, c’est une pré-hormone. Ce terme est beaucoup plus juste pour la désigner. Car elle se fixe sur des récepteurs qui sont capables après d’activer des gènes à l’intérieur d’une cellule. Elle se rapproche donc d’un fonctionnement hormonal. C’est ce qui fait toute sa différence. Et à ma connaissance, même si on ne sait pas tout, aucune autre vitamine ne peut se vanter d’en faire de même. Les vitamines entrent dans des chaînes enzymatiques, elles sont des co-activateurs… Elles sont très utiles, mais la vitamine D ne s’arrête pas là. Elle est aussi capable d’agir directement sur des récepteurs membranaires. Elle ne devrait pas s’appeler vitamine ! Elle est mal nommée et ça la dessert. D’ailleurs, actuellement, les vitamines sont souvent dédaignées et ne sont pas du tout utilisées à leur juste valeur. Sa désignation de vitamine lui permet tout de même de se faire connaître du grand public, mais minimise énormément son potentiel. Auprès du corps médical, dans le contexte ambiant, ce n’est pas si bien vu d’être une « simple » vitamine. Ainsi, elle paraît banale, alors qu’en réalité elle est indispensable !

Quel est son rôle au niveau de l’ossature ?

La vitamine D est surtout connue pour favoriser l’absorption du calcium et son intégration au niveau des os. Cependant, si c’est tout à fait juste : c’est la cerise sur le gâteau. Ce n’est pas cette fonction qui la rend la plus intéressante. Son rôle principal, qui est au-delà d’une vitamine, c’est d’entraîner la fabrication des protéines qui font la structure de l’os. Or, si vous n’avez pas de structure protéique, le calcium n’a pas d’endroit où se fixer ! Donc sans vitamine D, vous n’aurez jamais une bonne structure osseuse. Ainsi, elle intervient en première ligne pour la santé des os. Le calcium vient dans un second temps. Et c’est dommage, car c’est une information très peu relayée, alors que la vitamine D est la base qui sert de construction aux os. Bien souvent, seul le calcium est mis en avant. Il est à juste titre intéressant, mais que se passe-t-il s’il n’a nulle part où se fixer ?

Vous voulez dire qu’il est presque inutile de se supplémenter en calcium sans considérer ses taux de vitamine D ?

Plus vous avez un bon taux de vitamine D, mieux le calcium sera absorbé. Cette donnée est importante. Car si vous êtes carencé en vitamine D, votre supplémentation en calcium sera peu efficace. C’est pourquoi, la première chose à contrôler pour la santé de l’os est le taux de vitamine D. D’ailleurs, même si le calcium reste un élément clé, il apparaît que si vous avez un bon taux de vitamine D, vos besoins en calcium peuvent être diminués.

Les médias ont récemment beaucoup évoqué la vitamine D pour son rôle sur notre immunité. Pouvez-vous nous expliquer son intérêt ?

La vitamine D est connue depuis très longtemps pour aider à combattre les virus. Autrefois, lorsque nous avons connu de fortes épidémies de grippe, les scientifiques de l’époque avaient essayé de savoir comment se passait la transmission. En 1919, dix courageux militaires ont été volontaires pour étudier les modes de contamination. Il fallait voir les méthodes employées : on leur pulvérisait dans le nez, les yeux et la gorge, des mélanges de sécrétions de nez et de gorge de personnes infectées. Malgré ces techniques quelque peu barbares, les marins qui vivaient à l’extérieur et qui prenaient régulièrement le soleil, ne sont jamais tombés malades.

Pourtant, il est quand même rare de se voir prescrire de la vitamine D en prévention des virus.

Dernièrement, cela a été un peu le cas avec la COVID-19, mais cela fait des années que nous savons que la vitamine D joue un rôle important dans notre immunité. Les épidémies de grippe arrivent toujours en hiver au moment où nos taux sont les plus bas. Ce n’est pas anodin. Ça devrait nous interpeller davantage. Pour toutes les infections quelles qu’elles soient, d’autant plus le coronavirus actuel, elle va jouer un rôle préventif essentiel. Elle va favoriser la chaîne pro anti-inflammatoire et va diminuer la chaîne inflammatoire.

Est-elle finalement intéressante contre la COVID-19 ?

Les rares recherches sont plutôt positives, mais le problème c’est qu’elles restent minoritaires. Les informations sont bonnes, mais force est de constater que personne ne souhaite vraiment la mettre en avant. Une étude qui vient de paraître dans le Journal International de Médecine, montre pourtant son intérêt. Les scientifiques ont analysé les effets de la vitamine D sur un tout petit échantillonnage de personnes atteintes du COVID. Ils ont constaté que sous sa forme active (le calcifédiol), les patients qui étaient supplémentés font des formes beaucoup moins sévères. De plus, si vous supplémentez les malades seulement une fois qu’ils arrivent en réanimation cela est beaucoup moins efficace. Et ce qui complique la recherche, c’est l’intérêt des synergies : zinc, vitamine C et vitamine D. La science préfère étudier l’effet d’un produit à la fois.

Donc même en période de pandémie, la vitamine D est sous-exploitée de la sorte, alors que nous manquons de solutions efficaces…

Certaines unités de soins intensifs l’utilisent. Le corps médical est donc bien au courant. Mais même si c’est probablement exploité localement en fonction de qui vous soigne, c’est très loin d’être déployé à grande échelle

Le soleil a la réputation d’être cancérigène. Or, nous en avons besoin pour fabriquer notre vitamine D. Comment y parvenir en préservant notre santé ?

Tout est une question de dosage. Il faut s’exposer au soleil selon la couleur de sa peau, de ses cheveux ou encore de ses yeux. Cependant, notre peau ne doit jamais rougir. J’ai des patients qui ont la peau noire et qui prennent des coups de soleil ! Il existe donc une limite quel que soit votre épiderme. En résumé, en ce qui concerne la fabrication de vitamine D, il n’y a aucun intérêt à rester au soleil trop longtemps. Une fois la quantité journalière synthétisée, l’effet bénéfique du soleil s’arrête. Cependant, la vitamine D synthétisée via le soleil reste la meilleure pour votre organisme. C’est la plus complète et vous pouvez la stocker. Entre le précurseur que vous avez dans la peau et la vitamine D sous sa forme active, il y a énormément de formes intermédiaires. Les scientifiques en connaissent quelques-unes. Mais c’est tellement complexe, qu’il reste encore beaucoup à explorer. Ainsi, il ne faut pas systématiquement se méfier du soleil, il faut juste mieux l’exploiter.

A priori si je m’expose bien en été, je n’ai pas forcément besoin de me supplémenter en hiver ?

Pas du tout ! Nous ne synthétisons et n’utilisons pas tous la même quantité de vitamine D. Vous pouvez par exemple en consommer beaucoup plus que votre conjoint ou collègue. J’ai suivi une patiente naturiste durant plusieurs années, et son taux de vitamine D était bas dès le mois d’octobre. Alors qu’elle sortait d’une saison entière d’exposition. Elle ne souffrait d’aucune pathologie. Son organisme en consommait énormément et se retrouvait donc vite en déficit. D’où l’importance de faire un dosage avant de commencer à se supplémenter.

Aborder un produit naturel qui prévient des maladies c’est toujours compliqué… Qu’en pensez-vous ?

La vitamine D n’a qu’un seul défaut, son prix dérisoire, aussi elle n’intéresse pas les lobbies pharmaceutiques.

Au vu du nombre de personnes en déficit, pourquoi est-elle si peu recommandée ?

Les médecins en donnent de plus en plus. Même si la grande majorité des personnes n’est pas supplémentée, il y a un petit frémissement. Malheureusement, il n’est pas encore suffisant. De plus, depuis que la sécurité sociale ne rembourse plus l’analyse pour vérifier son taux, cela ajoute un frein supplémentaire. Généralement, je la prescris lors d’un bilan sanguin afin d’éviter au patient de payer en plus la prise de sang nécessaire à son dosage.

Existent-ils des symptômes qui doivent nous alerter d’un manque de vitamine D ?

Aucun. Ce qui n’arrange rien ! Une personne qui est en déficit ne ressentira rien d’anormal.

Pourquoi notre alimentation ne suffit-elle pas à maintenir des taux optimaux ?

Il faudrait en ingérer des quantités astronomiques pour pouvoir atteindre des taux suffisants. Ce sont les poissons gras (maquereau, sardine, thon, saumon…) qui en contiennent le plus. Pour vous donner une idée, il faudrait avaler 40 sardines par jour ! D’autres aliments comme les huîtres ou le jaune d’œuf sont aussi de bonnes sources. Mais finalement, ces quantités apportées sont assez théoriques car le mode de cuisson intervient ainsi que l’origine des animaux.

À qui conseillerez-vous une supplémentation ?

À tout le monde ! Un taux suffisant en vitamine D, si j’en vois passer un par an, c’est déjà bien ! Comprenez bien : une personne qui a un bon taux de manière spontanée, c’est exceptionnel. Cependant, tout le monde a des besoins différents. Certains vont en manquer un peu et d’autres énormément. D’où l’importance du dosage. Sans lui, la supplémentation se fait à l’aveugle et peut ne pas suffire.

Quelle est la différence entre la D2 et la D3 ?

La D2 est la forme végétale de la vitamine D. Elle reste efficace, mais est moins bien stockée que la D3, la forme animale. Cette dernière est plus intéressante étant identique à celle que nous synthétisons lorsque nous nous exposons au soleil.

Quel dosage préconisez-vous ?

Les autorités de santé ont défini le taux à 30 ng/ml. Il s’agit du minimum à avoir pour avoir une bonne santé des os. Mais le taux normal d’une personne en bonne santé vivant à l’extérieur se situe plutôt entre 40 et 45 ng/ml. Comme il peut y avoir des erreurs de mesure, j’ai tendance à préconiser 45 ng/ml.

Comment savoir si la supplémentation est efficace ?

Vous n’avez pas d’autre choix que de faire une prise de sang pour la doser. Personnellement, j’aime bien vérifier les taux avant et après une supplémentation pour vérifier que les dosages sont justes. Cependant, ces ajustements sont de plus en plus compliqués. Tout le monde n’a pas les moyens de s’offrir ces bilans. Dans l’idéal, il faudrait au moins faire un bilan annuel en octobre. Cela permet de savoir combien il en manque et après deux mois de supplémentation pour les personnes qui ont un doute ou qui se supplémentent tout seuls.

Doit-on envisager une supplémentation à vie ?

Pour l’instant, oui. Nous n’avons pas d’autres solutions.

Bien à vous,

Eric Müller

Sources:

Crédits : © VectorUpStudio – Shutterstock.com

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