Vitamine K2 : la clé pour éradiquer la tuberculose ?

Des scientifiques viennent de trouver une nouvelle façon de contrôler la production de la vitamine K2 dans le pathogène bactérien responsable de la tuberculose. Une avancée exceptionnelle qui pourrait à terme réduire considérablement l’impact et la propagation des maladies infectieuses [1].

Car contrairement à ce qu’on pourrait penser, la tuberculose figure parmi les 10 principales causes de décès et est la cause de mortalité la plus fréquente par un agent infectieux [2]

L’Organisation Mondiale de la Santé (l’OMS) estime que chaque année 10 millions de personnes dans le monde contractent cette maladie infectieuse et 1,2 million en décèdent. Même si elle est davantage présente en Afrique et en Asie, elle est loin d’être absente en Europe. D’ailleurs en moyenne la tuberculose affecte plus de 5 000 personnes par an en France [2].

Et lorsqu’un patient en est atteint, il faut agir vite : certaines formes sont très contagieuses car elles sont transmises par voie aérienne, aussi bien aux enfants qu’aux adultes. C’est notamment le cas de la tuberculose pulmonaire [2].

Vers un nouveau traitement grâce à la vitamine K2 ?

Pour essayer de simplifier les recherches complexes menées par l’équipe du Docteur Jodie Johnston, de l’École des sciences physiques et chimiques et du Centre d’interaction biomoléculaire de l’Université de Canterbury, il faut s’intéresser à la production de la vitamine K2.

La ménaquinone (vitamine K2) joue un rôle vital dans la production d’énergie et l’adaptation environnementale de nombreuses bactéries. En quelque sorte, elle est capable de rendre l’environnement bactérien plus favorable ou non à un intrus pathogène. Ainsi, si une régulation de sa production est possible, cela pourrait ralentir, voire stopper la propagation d’une infection. Comprendre son développement et donc arriver à le « contrôler » pourrait ainsi permettre de limiter l’impact des pathogènes humains en général, mais surtout celui responsable de la tuberculose (le tuberculosis (Mtb)) [1].

Bien que les niveaux de ménaquinone soient connus, les mécanismes de régulation sous-tendant ce phénomène ne sont pas clairs.

C’est justement sur ce point que les chercheurs américains ont concentré leurs recherches. Ils ont élaboré un nouveau mécanisme pour contrôler la production de ménaquinone dans le pathogène bactérien responsable de la tuberculose.

Ils ont ainsi introduit une enzyme particulière, appelée MenD, qui permettrait, grâce à un mécanisme complexe, de ralentir ou d’accélérer la production de vitamine K2.

Sans rentrer dans des détails trop techniques : cette introduction est une avancée extraordinaire. Selon le Dr Jodie Johnston, c’est la première fois qu’une telle régulation sur la ménaquinone est réalisée. Cela ouvre de nouvelles voies pour utiliser cette vitamine qui intervient dans de nombreux processus physiologiques de notre organisme [1].

Étant donné que les humains ne produisent pas de vitamine K2, les enzymes qui coopèrent pour la fabriquer dans les bactéries sont considérées comme des cibles potentielles pour de nouveaux traitements antimicrobiens.

Ils vont permettre à terme de créer des médicaments spécifiques pour traiter la tuberculose, mais aussi ouvrir de nouvelles pistes pour soigner d’autres maladies infectieuses (gastro-entérite, bronchiolite ou encore la maladie de Lyme) [1]

Ne confondez plus les vitamines K

Attention, cette étude porte uniquement sur la vitamine K2 et non la vitamine K1, qui est principalement connue pour son rôle clé dans la coagulation sanguine. Elle empêche les hémorragies en activant de nombreux facteurs de la coagulation.

Pour vous aider à faire la différence, sachez que la vitamine K se divise en 5 familles  [3]:

  • La vitamine K1, qui est d’origine végétale. Elle se trouve principalement dans les légumes verts (brocolis, épinards, chou frisé et les asperges), ainsi que dans les huiles végétales (olive, colza, soja…).
  • La vitamine K2 est uniquement fabriquée par des bactéries et existe sous plusieurs formes appelées «ménaquinones » (MK). La vitamine K2 MK-4 se retrouve dans la choucroute, les fromages, la viande et le jaune d’œuf. La vitamine K2 MK-7 n’existe que dans le natto. Les vitamines K2 MK-8 et MK-9 ne se retrouvent que dans les fromages.
  • Les vitamines K3, K4 et K5 n’existent pas dans la nature et ont été synthétisées en laboratoire. On ne les utilise que dans l’industrie.

Chaque seconde = une nouvelle contamination

Cela paraît fou comme chiffre, mais oui : toutes les secondes, une nouvelle personne est infectée par le bacille de la tuberculose. Cependant, seulement 5 à 10 % d’entre elles développeront la maladie.

Car il existe plusieurs formes de tuberculose. 

La première est considérée comme latente. Elle passe souvent inaperçue étant bien souvent asymptomatique. Vous pouvez être porteur du bacille de Koch durant des mois, même des années sans manifestation.

Puis, si le bacille se multiplie, la tuberculose se déclare : c’est la tuberculose dite active. Différents symptômes apparaissent alors plus ou moins associés entre eux. 

Souvent ils concernent la tuberculose pulmonaire qui est de loin la plus fréquente et qui se manifeste par  [4]:

  • une fièvre traînante, avec souvent des sueurs nocturnes ;
  • une toux chronique avec des crachats épais, comportant parfois quelques filets de sang ;
  • un essoufflement ;
  • des douleurs dans la poitrine ;
  • un état de fatigue ;
  • une perte d’appétit, un amaigrissement.

En cas de doute, seul un médecin pourra établir un premier diagnostic et prescrire une radiographie du poumon afin de vérifier si vous êtes contaminé ou non.  

Bien à vous,

Eric Müller





Consulter les sources :

Sources :

  1. Vitamin K status, cardiovascular disease, and all-cause mortality: a participant-level meta-analysis of 3 US cohorts, The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 111, Issue 6, June 2020, Pages 1170–1177.
  2. Rapport 2019 sur la tuberculose dans le monde, Organisation Mondiale de la Santé.
  3. Schurgers et Vermeer, Determination of phylloquinone and menaquinones in food. Effect of food matrix on circulating vitamin K concentrations.2000, pp 298-307
  4. La tuberculose, Institut Pasteur.

Crédits : VectorMine – Shutterstock.com


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